L’allaitement maternel — une corvée ou un plaisir ?
À PEU près chaque seconde, il naît quatre enfants. En une heure, cela fait plus de 14 000 nouvelles bouches à nourrir, et en une semaine plus de 2 000 000. Comment tous ces enfants seront-ils nourris ?
La plupart d’entre eux seront allaités par leur mère. Chaque jour, les nourrissons consomment des millions de litres de lait maternel. Pourtant on a tendance à lui substituer des préparations à base de lait de vache, que l’on donne à l’enfant dans un biberon.
Dans des pays comme les États-Unis, la grande majorité des mères nourrissent leurs enfants au biberon. Néanmoins, selon l’Organisation mondiale de la santé, cette tendance à l’allaitement artificiel est “actuellement un des gros problèmes d’alimentation du monde”.
Une tendance regrettable
Le lait maternel est incontestablement meilleur pour l’enfant que le lait de vachea. En outre, il est économique. Environ 85 pour cent des enfants naissent dans des régions où la plupart des gens n’ont pas les moyens d’acheter du lait de vache.
Mettant l’accent sur ces deux qualités du lait maternel, le rapport de l’OMS pour l’année dernière dit : “Non seulement le lait maternel est unique et impossible à imiter, malgré les prétentions des fabricants, mais le prix des préparations au lait de vache n’est pas à la portée de la famille moyenne dans le monde en voie de développement.”
Un travailleur du tiers-monde qui veut acheter du lait de vache pour un bébé doit donner 50 pour cent de son salaire journalier. De plus, si l’allaitement au biberon devait encore s’étendre, les pénuries de nourriture s’aggraveraient. “Si toutes les femmes d’Asie cessaient d’allaiter, dit le rapport précité, on aurait besoin d’un troupeau de 114 000 000 de vaches pour compenser cette perte.”
La nouvelle méthode devient populaire
Quand a commencé l’allaitement au biberon et pourquoi est-il devenu populaire ?
On peut situer l’époque grâce à une expérience vécue. En 1907, une fillette américaine, voyant une voisine donner le biberon à son enfant, courut chez elle demander à sa mère quelle était cette pratique étrange. Plus tard, dans les années 20, la même fillette devenue infirmière disait qu’elle était surprise quand elle voyait une mère donner le sein à son enfant. Le changement s’est fait aussi rapidement que cela dans certaines parties des États-Unis.
L’essor des préparations à base de lait de vache, la réfrigération, la stérilisation et une publicité intensive furent en grande partie responsables du changement. Peu de familles voulaient paraître démodées, aussi acceptaient-elles la nouvelle méthode. Beaucoup de mères trouvaient qu’elle convenait à leur nouveau mode de vie industrialisé.
Mais en même temps que le changement du mode de vie et la popularité du biberon, on remarqua un étrange phénomène. On peut lire dans l’Encyclopédie américaine (1927) : “La vie moderne et surtout la vie citadine a rendu une certaine proportion de femmes incapables de produire du lait pour leurs enfants.”
Plus récemment, une étude faite en Inde a révélé que plus de 80 pour cent des femmes de la haute société étaient incapables de nourrir leurs enfants pendant une période de six mois. Cette déficience est pratiquement inconnue chez les mères pauvres.
On comprend qu’une mère qui a des difficultés à allaiter ou craint d’en avoir considère l’allaitement comme un fardeau. Mais pourquoi les femmes “modernes” sont-elles souvent incapables d’allaiter alors que d’autres considèrent cela comme une chose naturelle à laquelle elles prennent plaisir ? Comment la vie moderne a-t-elle pu influer sur cette fonction fondamentale de la mère ?
Grands obstacles
Les obstacles sont plus grands qu’on ne l’imagine. Les méthodes employées dans les hôpitaux modernes ne favorisent pas l’allaitement. On administre couramment des piqûres d’hormones aux jeunes mères pour empêcher la montée du lait. Même celle qui parvient à éviter ces piqûres rencontrera peut-être des obstacles insurmontables.
Pendant l’accouchement par exemple, la mère reçoit souvent de grandes quantités d’anesthésique qui la plongent dans un état d’inconscience plus ou moins totale. Ces drogues affectent également l’enfant qui reste engourdi pendant des jours. Il tète donc sans vigueur, et puisque c’est la succion qui stimule la production de lait, celle-ci est entravée.
De plus, on sépare habituellement les enfants de leurs mères et on les garde tous ensemble dans une pouponnière. Pour éviter de devoir amener l’enfant trop souvent à sa mère, on lui donne de temps à autre un biberon. Il n’a donc pas faim et tète mal, ce qui freine davantage encore la lactation chez la mère. Il n’est pas étonnant que celle-ci se décourage et renonce à allaiter.
Récemment, dans une lettre adressée aux éditeurs de Réveillez-vous !, une mère expliqua : “Quand j’ai voulu allaiter moi-même mon fils, cela a suscité toutes sortes de réactions désagréables de la part de mon médecin, des infirmières de l’hôpital, de mes parents et de mes amies. Par moments, on aurait dit que je leur répugnais alors que je faisais une chose toute naturelle. Dès le début, mon médecin s’est opposé à l’allaitement maternel, et en raison de leur programme rigide les infirmières ne m’ont été d’aucun secours.”
Bien des femmes ont fait la même expérience. Le Dr Jean Mayer, professeur de diététique à l’Université Harvard, a reconnu : “Dans les hôpitaux où domine l’élément masculin, l’allaitement au sein est officiellement découragé.”
Il est facile d’imaginer l’effet que peut avoir sur la mère cette attitude du personnel médical. Elle éprouvera de l’anxiété, de l’embarras, et doutera de sa faculté d’allaiter ou aura même l’impression que l’allaitement a quelque chose d’animal. Ces sentiments négatifs peuvent avoir une influence néfaste sur la lactation.
En réalité, si l’on veut allaiter avec succès, le facteur le plus utile est un état d’esprit calme et confiant. La majorité des mères dans le monde ont cet état d’esprit parce que là où elles vivent l’allaitement maternel est accepté comme le seul moyen de nourrir un bébé. Mais il n’en va pas de même dans les pays industrialisés. C’est ce qu’a fait remarquer une assistante médicale de New York en ces termes :
“Quand avez-vous vu, pour la dernière fois, une femme nourrir son enfant ? Ce genre de femme semble avoir disparu et celle qui décide d’allaiter a besoin de quelqu’un à qui parler. Parfois il lui suffit d’une présence.” Mais la triste réalité, c’est que beaucoup de mères ne reçoivent pas cet appui et elles sont alors incapables d’allaiter leurs enfants.
Cependant, la mère est-elle vraiment incapable de produire du lait ? Une mère a-t-elle des raisons de craindre de ne pas avoir assez de lait ?
La capacité d’allaitement
La capacité d’allaitement des femmes est étonnante. La Bible révèle, par exemple, que Sara, la femme âgée d’Abraham, ne sevra son fils Isaac qu’à l’âge de cinq ans. Cela vous surprend-il ? Cependant, bien des femmes ont nourri leurs enfants plus longtemps. On pouvait lire ce qui suit dans Saturday Review of the Sciences de mai 1973 :
“Les Indiens d’autrefois croyaient que plus longtemps un enfant était nourri au sein, plus longtemps il vivrait. Il n’était donc pas rare que des enfants soient allaités jusqu’à l’âge de huit ou neuf ans. Il y a à peine 40 ans, les mères chinoises et japonaises nourrissaient leurs enfants jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans.”
Relativement peu de mères sont incapables de produire du lait, à moins d’avoir un déséquilibre hormonal rare. On a pu constater pendant la Seconde Guerre mondiale que même les femmes des pays industrialisés sont capables d’allaiter. On rapporte qu’avant la guerre, 38 pour cent seulement des mères françaises nourrissaient leurs enfants ; mais pendant la guerre, alors que les aliments pour bébés étaient difficiles à obtenir, presque toutes les mères réussissaient à allaiter.
Chose remarquable, les femmes peuvent allaiter plusieurs enfants en même temps. Le Dr Benjamin Spock fit cette remarque : “J’ai noté avec intérêt que la proportion des femmes capables d’allaiter leur enfant est la même chez celles qui donnent naissance à des jumeaux que chez celles qui donnent naissance à un seul enfant.” Même avec un régime alimentaire pauvre, les mères sont capables d’allaiter.
Cela a pu être démontré par une étude faite sur des mères indiennes. Leur régime leur apportait entre 1 400 et 2 400 calories par jour ; néanmoins elles parvenaient à nourrir convenablement leur enfant pendant plus d’un an. La richesse de leur lait était à peu près la même que celle du lait de femmes mieux nourries. Naturellement, dans ces cas-là l’organisme de la mère s’épuisait.
Même quand une femme n’a pas allaité récemment, ses seins peuvent être stimulés pour produire du lait. Un enfant de onze semaines, nourri au biberon, était très malade et avait besoin de lait maternel pour survivre. La mère, “sèche” depuis plus de deux mois, présenta le sein au nourrisson qui commença à téter. Au bout de huit jours, le lait monta, et après six semaines, la mère put allaiter l’enfant sans l’assistance d’une nourrice.
Manifestement, les mères sont merveilleusement équipées par leur Créateur pour nourrir leurs enfants. Les obstacles créés par la vie moderne ne sont pas insurmontables.
Comment surmonter les obstacles
À la maternité, la mère peut aimablement mais fermement faire connaître son désir d’allaiter son enfant. Elle peut demander qu’on ne lui donne aucune piqûre empêchant la montée du lait. Peut-être lui permettra-t-on aussi d’allaiter sur la table d’accouchement, car cela stimule la lactation. Elle peut encore prendre des dispositions pour que le bébé ne reçoive pas de biberon, qu’il soit uniquement nourri au sein.
La mère ne doit pas craindre de manquer de lait. Même si on lui a administré des piqûres d’hormones et qu’il lui a été impossible d’allaiter convenablement à la maternité, la succion persistante exercée par l’enfant ne tardera pas à produire une quantité suffisante de lait. Certaines mères cependant s’inquiètent de voir leur bébé sucer leur poing après la tétée. Elles pensent qu’il a encore faim. C’est généralement une manifestation de l’instinct de succion et non de la faim.
Bien sûr, dans le doute, la mère peut encore donner le sein à l’enfant même s’il a terminé quelques minutes plus tôt. S’il a faim, il videra de nouveau complètement le sein, ce qui favorisera une plus grande production de lait. Grâce au Créateur plein de sagesse, c’est un merveilleux repas toujours prêt. Le mouvement de succion active la lactation de sorte qu’il y a assez de lait pour nourrir un bébé et même deux, si cela est nécessaire.
Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter. La production de lait sera exactement ce qu’elle doit être. Pourquoi une mère douterait-elle d’être capable de faire ce que, depuis Ève, pratiquement toutes les femmes ont fait tout naturellement ?
Mais faut-il tenir compte des autres, de ceux qui, à tort, croient que l’allaitement est quelque chose de dégradant ? Il ne faut pas se moquer des coutumes et des opinions d’autrui ; aussi serait-il malavisé d’allaiter de façon à choquer les susceptibilités. Cependant, on peut donner discrètement le sein à un enfant, de sorte que même des personnes toutes proches ne s’en rendent pas compte. Comme une mère le faisait remarquer “il y a la manière d’agir (...). Il faut prendre en considération les droits des autres”.
Les joies de l’allaitement
Ordinairement les femmes sont désireuses de nourrir leur enfant. La diététicienne bien connue Adelle Davis écrivit : “J’ai interrogé plus de 2 000 futures mères et je peux compter sur les doigts d’une seule main celles qui ne voulaient pas allaiter.” Les mères qui réalisent leur désir en retirent des joies profondes.
D’abord il y a la satisfaction affective. Une mère écrivit : “La principale raison pour laquelle j’ai choisi de nourrir mon enfant était d’ordre affectif. J’éprouvais une profonde satisfaction à serrer dans mes bras notre premier bébé et à le nourrir de mon propre corps.” Le nourrisson en retire également un grand bienfait, comme le déclare Current Therapy 1972, ouvrage médical respecté. Nous citons : “Les avantages psychologiques pour l’enfant et la mère sont largement reconnus.” Le contact intime et régulier avec la mère est d’une valeur inestimable pour le développement d’un enfant.
La mère qui nourrit trouve aussi de la joie dans le fait qu’elle donne à son enfant le meilleur aliment qui soit, l’aliment idéal prévu par le Créateur. Les faits montrent en effet que les enfants nourris au sein sont mieux portants, et que parmi eux le taux de décès est plus bas que parmi les bébés nourris artificiellement.
Un autre avantage non négligeable est la commodité. Une mère a écrit : “Je pouvais emmener nos enfants n’importe où quand ils étaient petits ; j’avais toujours du lait pur et stérilisé à leur donner sans avoir besoin de chauffer des biberons.” De nombreuses familles apprécient aussi l’économie que représente l’allaitement maternel, car il n’est pas nécessaire d’acheter des biberons et des aliments pour bébés.
Il est vrai qu’à cause des obstacles créés par la vie moderne certains considèrent l’allaitement maternel comme un fardeau. Pourtant c’est une des joies de la vie que le Créateur avait prévues pour le bien de ses créatures.
[Note]
a Voyez Réveillez-vous ! du 8 novembre 1973 où vous trouverez un article sur les avantages de l’allaitement maternel.