Coup d’œil sur le monde
Conférence sur les droits de la mer
La troisième conférence sur les droits de la mer, organisée par l’ONU, à Caracas, au Venezuela, a réuni les représentants de cent quarante-huit pays. Elle a eu pour but de fixer les limites des eaux territoriales et des zones d’exploitation des ressources de la mer et des gisements miniers du fond. Bien qu’aucun texte n’ait été adopté, la plupart des nations représentées sont tombées d’accord pour étendre les eaux territoriales de trois à douze milles marins. Dans cette zone, l’État riverain exercera une pleine souveraineté. D’autre part, la majorité des pays acceptent le principe d’une zone de 200 milles, qualifiée de “zone économique”, où l’État riverain aurait des droits souverains sur l’exploitation des ressources. Bien entendu, les pays sans littoral ou n’ayant que peu de côtes n’acceptent pas ce principe. Cette conférence doit reprendre à Genève en mars 1975. Si les négociations aboutissent alors, la nouvelle convention sur les droits de la mer sera signée à Caracas en 1976. Commentant cette conférence, le Times de Los Angeles a écrit sous le titre “L’avarice prédomine quand les nations se partagent l’océan” : “Les nations du monde, agissant comme si elles étaient des propriétaires, s’efforcent de s’emparer de la plus grande partie possible de ces ressources inexploitées.”
Les manipulations génétiques — un danger mortel
Le 20 juillet dernier, onze biologistes, dont le Dr James Watson, prix Nobel, ont poussé un cri d’alarme. Ils ont déclaré qu’ils arrêtaient leurs expériences de manipulation génétique sur les bactéries. Pourquoi ? Ils craignent de lâcher des micro-organismes qui pourraient provoquer des épidémies, rendre les antibiotiques inefficaces ou même répandre certains types de virus cancérigène. Cette déclaration est survenue deux mois après que deux autres biologistes américains eurent annoncé qu’ils avaient mis au point une méthode pratique de greffe des gènes (unités chimiques fondamentales de l’hérédité) qui, selon eux, était “riche de promesses pour les besoins les plus fondamentaux de la médecine et de l’agriculture”. Ils affirmaient, par exemple, qu’on pourrait ainsi éliminer des maladies d’origine génétique par le remplacement du gène défectueux et fabriquer un engrais inépuisable et bon marché en greffant un gène étranger chez des bactéries qui vivent autour des racines des plantes, leur permettant ainsi de mieux fixer l’azote.
Qu’est-ce qui a donc motivé le coup d’arrêt annoncé le 20 juillet par les onze biologistes ? Eh bien, en introduisant un gène étranger dans les chromosomes d’une bactérie, par exemple l’Escherichia Coli, bactérie qui pullule dans la flore intestinale et qui est largement utilisée dans les recherches de ce genre, on modifie son comportement. Or, ce gène étranger risque de rendre la bactérie résistante aux antibiotiques connus et d’en faire un agent cancérigène. Si cette bactérie, devenue dangereuse, venait à s’échapper des éprouvettes du laboratoire, elle donnerait alors naissance à des générations de bactéries qui résisteraient aux médicaments et laisseraient l’homme sans défense. Elle déclencherait aussi de véritables épidémies de cancer. Commentant la déclaration des onze biologistes américains, L’Express disait encore : “Au fond de l’affaire, il y a la hantise des savants américains que les stratèges du Pentagone ne s’emparent de leur découverte pour mettre des populations ‘ennemies’ à la merci d’infections que ne combattraient plus victorieusement les antibiotiques.” L’Académie nationale des sciences aux États-Unis ayant demandé que les biologistes du monde entier abandonnent purement et simplement ce type de recherches, ce périodique conclut ainsi : “Cet appel sera-t-il mieux entendu que tous les avertissements lancés par les physiciens nucléaires avant la bombe atomique ?”
Une plante africaine contre la bilharziose
La bilharziose est une maladie qui affecte environ 250 millions d’individus en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Elle est difficile à combattre, car la contamination se fait par l’eau, et les réinfections sont pratiquement inévitables. En effet, le schisostome excrété par l’homme ou l’animal infecté se transforme dans l’eau et parasite un escargot. De là il pondra des larves qui infecteront de nouveau l’homme. Pour lutter contre la bilharziose, il faut éliminer l’hôte intermédiaire, l’escargot. Les communautés pauvres de ces continents ne peuvent utiliser des produits chimiques trop coûteux. Mais le Dr Aklilu Lomma, de l’Université Hailé Sélassié d’Addis-Abeba, a découvert que les baies d’une plante africaine, Phytolacce decandia, fournissent une substance efficace dans la lutte contre la bilharziose. Ces baies ont à la fois des propriétés détergentes et sont toxiques pour les mollusques. Ainsi, lorsque les habitants d’un village les utilisent pour laver leur linge dans une rivière, les escargots meurent en aval. Cependant, les plantes n’en souffrent pas. En 1969, on a procédé à un essai dans le village d’Adoua. Dès 1971, l’incidence de la bilharziose avait diminué d’une manière spectaculaire, tombant de 50 à 15 pour cent. Le Dr Lomma envisage la fabrication d’un détergent auquel il serait ajouté la substance toxique de cette plante. Le coût peu élevé et la simplicité d’application de la substance permettraient ainsi aux villageois de se protéger sans avoir recours à une aide technique extérieure très coûteuse.
1974 en vision et dans la réalité
Les hommes ne sont pas en mesure de prédire l’avenir. En voici un exemple : le 6 juillet 1949, le journal Sentinel de Milwaukee (États-Unis) publia une “prévision” pour les vingt-cinq années à venir. Que prédisait-il ? “En 1974, les prix seront si bas que l’acheteur pourra sélectionner les choses qui lui plaisent sur le moment et s’en débarrasser aussi facilement qu’un vêtement de l’année précédente.” Comparons cette prédiction avec la réalité. Le 6 juillet 1974, on a pu lire dans le New York Times : “La montée des prix des denrées alimentaires fait que les nations les plus pauvres — et les gens les plus pauvres de tous les pays — ont de plus en plus de difficultés à se procurer de la nourriture en quantité limitée et à trouver l’argent nécessaire pour satisfaire d’autres besoins pratiquement aussi vitaux.”
Concile œcuménique de... quoi ?
Quand un laïc assiste à une conférence religieuse, il s’attend à entendre parler de religion. Est-ce le cas ? Eh bien, Magnus Pike, secrétaire de l’Association britannique pour le progrès de la science, assista récemment à une réunion du Concile œcuménique des Églises à Bucarest, en Roumanie. Selon le New Scientist, voici les remarques qu’elle lui suggéra : “Pour un étranger scientifique et non religieux, les travaux de Bucarest ont été très surprenants. La plupart des discussions — certaines étant très enflammées — tournaient autour de la politique : Par quelle sorte de ‘socialisme’ la justice sociale devait-elle être réalisée (personne n’a prononcé une bonne parole sur le capitalisme) ? Que devraient faire les nations riches pour expier leur richesse et pour devenir pauvres, de sorte qu’à la suite de cela (...) les nations pauvres deviennent riches ?”
Les maladies de cœur plus faciles à prévenir qu’à guérir
En septembre dernier, le VIIe Congrès international de cardiologie tenu à Buenos Aires a réuni plus de 4 000 spécialistes du cœur, venus de 80 pays. Ils ont fait le point sur le combat mené contre le fléau du siècle : les maladies cardiovasculaires. Elles tuent quatre Français sur dix, soit deux fois plus que le cancer, la leucémie et la tuberculose réunis. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, plus de 80 pour cent des hommes âgés de 35 à 44 ans présentent déjà diverses lésions des vaisseaux sanguins. Malgré les nombreux prodiges réalisés par la science médicale depuis vingt ans, cette maladie demeure mystérieuse et on ne sait pas la guérir. En revanche, dans de nombreux cas, on sait la prévenir. Selon les statistiques, sept sur dix des morts par maladies cardiovasculaires pourraient être évitées si l’on se décidait à agir sur trois facteurs : 1) L’hypertension. Il y a en effet des traitements éprouvés qui permettent de faire baisser la tension. 2) Le cholestérol. Un régime bien conçu, parfois accompagné de quelques médicaments, peut le ramener à un taux normal. 3) Enfin, le tabac dont l’action nocive sur les vaisseaux sanguins n’est plus guère mise en doute. Ainsi, de nos jours, dans sept cas sur dix les maladies cardiovasculaires. ne relèvent plus de la recherche, mais de la santé publique.
“Le courant qui endort”
C’est sous ce titre que L’Express des 16-22 septembre 1974 parle d’une découverte française : l’anesthésie par l’électricité, qui a l’avantage de supprimer les douleurs postopératoires. On savait depuis le début du siècle que certains courants électriques à haute et basse fréquence anesthésient. Cependant, cet endormissement par l’électricité n’était jusqu’à ce jour ni agréable ni aisé. Cette technique avait donc été rapidement délaissée, d’autant que l’anesthésie chimique était devenue la panacée des chirurgiens et reconnue irremplaçable. Aujourd’hui, on parvient facilement à anesthésier un sujet par des dosages savants de neuroleptiques, d’analgésiques, de curarisants et de tranquillisants. Cependant, on intoxique le patient. En effet, ces gaz produisent des toxines qui engorgent l’organisme de l’opéré à mesure que l’intervention qu’il subit se prolonge. Aux États-Unis, où le risque a été calculé, on a établi qu’un malade sur 10 000 ne se réveille pas. C’est pour ces raisons que le professeur Aimé Limoge, enseignant la physiologie à la faculté de chirurgie dentaire de Paris, a relancé l’électro-anesthésie. Il explique cette méthode en ces termes : “L’électro-anesthésie doit démarrer avec l’amalgame médicamenteux employé en anesthésie classique. (...) Après trente minutes, en moyenne, l’électricité assure le relais. Par trois électrodes (...) le courant circule (...). On procède par impulsions : 4 millisecondes de passage, puis 8 millisecondes de repos. On prolonge ce ‘sommeil’ pendant des heures, s’il le faut. Pour l’interrompre, on coupe le courant. Le patient se réveille aussitôt.” L’électro-anesthésie testée avec succès depuis deux ans, a déjà permis près de 400 opérations graves. Quels sont ses avantages ? À l’exception des grands hypertendus, elle peut être reçue par n’importe quel patient, quel que soit son âge, sans précaution particulière. Elle facilite les interventions sur les malades dont l’organisme supporte mal les médicaments d’une lourde anesthésie générale. Enfin, elle efface toute sensation de douleur après l’opération, et cela pendant seize heures en moyenne, parfois quarante-huit heures. Cette méthode comporte cependant un mystère : on ne comprend pas encore comment elle parvient à endormir les malades ; on ignore sur quel centre nerveux agit l’orage soporifique qu’elle déclenche à la base du cerveau.