“Ma petite maman, je t’aime beaucoup, tu sais !”
De notre correspondant en Suède
LA NAISSANCE, après neuf mois de séjour dans le ventre maternel, est un événement marquant dans la vie d’un enfant. Le nouveau-né sort du milieu liquide et sombre dans lequel il baignait jusque-là pour entrer dans l’air et la lumière. Il commence à respirer. Son système de régulation thermique se met à fonctionner. Son cerveau reçoit des impressions nouvelles qui doivent être ordonnées et classées. Ses yeux doivent s’adapter à la lumière et ses oreilles enregistrer des sons complètement nouveaux. Enfin, le bébé doit désormais ingérer sa nourriture par la bouche.
Avant la naissance, les lois qui président au développement du bébé le rattachent à sa mère. Est-il raisonnable de penser que leur influence cesse brutalement après la naissance de l’enfant ? Beaucoup d’experts reconnaissent l’interdépendance profonde qui s’établit entre le bébé et sa mère durant la prime enfance, comme si elle répondait à un besoin. Ce phénomène influe beaucoup sur le développement de l’enfant.
La loi de dépendance réciproque
Aussitôt après la naissance, cette interdépendance se manifeste par le désir instinctif qu’éprouve la mère de tenir son enfant contre elle, tandis que le bébé recherche aussitôt son sein. Quand son menton touche le sein, l’enfant remue la tête jusqu’à ce qu’il trouve le mamelon, puis, ouvrant la bouche et aspirant avec la langue, il commence à téter. Le mécanisme de la déglutition se met à fonctionner. Cette succion déclenche chez la mère des réflexes de contraction de l’utérus qui aident cet organe à reprendre sa place.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le nouveau-né n’est ni indolent ni passif. De même qu’il tète vigoureusement, il enregistre aussi intensément toutes sortes de renseignements provenant du monde qui l’entoure. Les cellules de son système nerveux sont modelées par ces informations enregistrées par le cerveau. Il est donc essentiel que l’enfant reçoive en quantité et en qualité les stimuli dont il a besoin, d’autant plus que c’est dans les trois derniers mois de la grossesse et durant les 15 premiers mois de sa vie que son cerveau se développe le plus.
Lorsqu’il tète, le bébé reçoit beaucoup d’informations utiles sur le monde extérieur. Tous ses sens sont stimulés : il perçoit la chaleur et l’odeur du corps maternel. Il sent son contact. Son regard est pratiquement toujours tourné vers le visage de sa mère pendant qu’elle le nourrit. Il écoute sa voix et les battements de son cœur. Enfin, la position du bébé lorsqu’il tète agit sur son sens de l’équilibre, car le déplacement du liquide de l’oreille interne déclenche de nombreuses sensations dont le cerveau a besoin pour se développer normalement.
En outre, l’enfant doit faire beaucoup d’efforts pour tirer sa nourriture du sein de sa mère. Il commence ainsi à cultiver l’attention et la persévérance qui lui seront indispensables, car le bébé qui renoncerait trop vite à téter mettrait sa vie en danger. À ce stade, il a vraiment besoin de sa mère.
La vue du nouveau-né
L’activité visuelle d’un bébé est beaucoup plus grande qu’on ne l’a longtemps supposé. Des expériences récentes ont prouvé que le monde du nouveau-né ne ressemble pas à une vague brume grisâtre sans contours définis. Elles montrent au contraire que son regard se fixe plus volontiers sur les dessins complexes que sur les figures simples. Il est apparu que l’objet visuel le plus attirant et celui que le bébé préfère est le visage humain présenté de face.
R. Fantz, psychologue, fit une étude approfondie sur quarante-neuf bébés âgés de quatre jours à six mois, afin de découvrir ce qui frappait leurs regards. Il leur montrait différents objets, dont un visage humain. Quel en fut le résultat ? Quel que soit leur âge, les bébés manifestaient le maximum d’intérêt pour le visage humain. Fantz conclut par ces mots : “La connaissance naturelle qu’ont les jeunes enfants de leur milieu (...) se voit à l’intérêt qu’ils portent à tout ce qui va les aider à reconnaître les objets, à s’intégrer à la société et à trouver leur équilibre.” Il semble donc que l’attrait et l’expressivité du visage humain sont tels qu’ils le recherchent dès la naissance.
La dilatation de la pupille mesure l’activité intellectuelle et affective du cerveau. Aussi de nombreuses recherches portent-elles sur les réflexes pupillaires des jeunes enfants. Un chercheur a découvert que c’est l’apparition du visage maternel qui provoque la plus grande dilatation des pupilles, même chez des bébés de moins d’un mois. C’est souvent le visage de la mère qui provoque le premier sourire, réaction exclusivement humaine qui signe le bon fonctionnement affectif du cerveau. Il se peut donc qu’un des rôles les plus importants de la mère consiste à fournir les stimuli propices au développement du système nerveux de son enfant.
L’ouïe
Le milieu sonore a aussi son importance. De même que les impressions visuelles fournies par la mère provoquent chez le bébé le sourire et d’autres réactions positives, de même c’est la voix féminine qui fournit le stimulus le plus puissant. Maman, rappelez-vous que les paroles douces et affectueuses que vous adressez à votre enfant ainsi que les berceuses que vous lui chantez sont très importantes pour lui.
Quand le bébé pleure, instinctivement la mère le prend dans ses bras et, en règle générale, elle le tient sur la gauche de sa poitrine, ce qui permet à l’enfant d’entendre les battements de son cœur, détail important pour son développement. Les expériences menées auprès de nombreux enfants ont montré que ceux qui pouvaient entendre des battements de cœur grossissaient plus vite, pleuraient moins et dormaient mieux que ceux qui n’avaient pas cette possibilité.
Contact physique et stimulation tactile
Apparemment le contact avec la peau de sa mère joue un rôle dans le développement de l’enfant. La psychologue pour enfants Anne-Marit Duve fait cette remarque : “Puisque la dilatation de la pupille révèle le degré d’activité cérébrale, nous avons de bonnes raisons de croire que de fortes stimulations tactiles, particulièrement celles qui ont lieu au moment de l’allaitement, peuvent exciter l’activité cérébrale de l’enfant, ce qui peut améliorer en retour ses capacités intellectuelles à l’âge adulte.” Ainsi, lorsque la mère prend son bébé dans ses bras et qu’elle le câline, le baigne ou le change, ce contact est déterminant pour l’avenir de l’enfant.
Le père et la mère ont une importance égale, mais un rôle différent
La plupart des spécialistes s’accordent sur le fait que l’enfant a besoin de s’attacher à quelqu’un et d’établir des relations personnelles avec lui pour que sa croissance se poursuive vraiment normalement. La biologie comme la nature suggèrent que ces relations s’établissent avec la mère. Toutefois, il est reconnu que le rôle du père est au moins aussi important, bien que différent, car il consiste entre autres choses à utiliser sa force physique et ses facultés intellectuelles pour faire régner dans le foyer les conditions les plus propices au maintien de relations étroites entre la mère et l’enfant.
Cette structure de la famille existait déjà dans les temps anciens. Autrefois, la mère gardait toujours son enfant avec elle, où qu’elle aille. Elle le portait très souvent sur son dos quand elle travaillait. Elle levait son bébé, le prenait dans ses bras, le berçait, lui chantait des chansons et le serrait contre sa poitrine. Le père, lui, pourvoyait aux besoins matériels de la famille et apportait les nouvelles du monde extérieur dont les enfants avaient besoin.
La Bible nous montre que les Hébreux avaient adopté ce mode de vie. Les liens étaient particulièrement étroits entre la mère et l’enfant. Les mères juives nourrissaient leur enfant au sein jusqu’à l’âge de trois, voire cinq ans. Une fois l’enfant sevré, le père commençait à s’occuper de son éducation et de son instruction.
Aujourd’hui, cependant, les enfants sont souvent confiés à la garde d’étrangers ou placés dans une crèche ou à la maternelle. Ils passent la plus grande partie de leur vie consciente avec des gens autres que leurs parents. Mais, hormis dans les cas de nécessité, cette disposition est-elle sage ? Beaucoup de gens se demandent si ce mode de vie n’a pas augmenté les problèmes mentaux chez les enfants, y compris la dépression. Anne-Marit Duve déclare : “Des expériences cliniques m’amènent à penser que la racine de bien des problèmes affectifs chez les jeunes vient de ce qu’ils ont perdu de très bonne heure l’élément le plus important de leur vie : leur mère.”
Des études récentes semblent indiquer que la femme qui désire avoir des enfants doit accepter son rôle de mère autant pour son bien que pour celui de ses enfants. Il ne suffit donc pas de mener à terme la grossesse et l’accouchement. Apparemment, une autre forme de “grossesse”, que les spécialistes appellent “grossesse mentale”, commence dès la naissance de l’enfant et se poursuit jusqu’à ce qu’il ait achevé sa croissance. Or, dans cette “grossesse” comme dans l’autre, la mère joue un rôle essentiel.
Il ressort de ce qui précède que le rôle de la mère est d’une grande importance. Quand un enfant exprime affectueusement qu’il a besoin de sa mère, il n’exagère pas. Il est clair que notre Créateur, Jéhovah Dieu, avait prévu deux rôles distincts pour l’homme et pour la femme, et c’est en assumant convenablement leur rôle que les parents donnent à leur enfant le meilleur départ dans la vie.