Le point de vue biblique
Est-il important de se marier “dans le Seigneur seulement”?
“EST-CE transgresser un commandement de Jéhovah que d’épouser quelqu’un qui n’est pas un vrai chrétien?”, demandait une célibataire dans une lettre datée du 1er octobre dernier. Elle n’était sans doute pas la seule à se poser cette question.
La perplexité de cette personne provenait, entre autres raisons, de ce que plusieurs chrétiennes de sa connaissance avaient choisi d’épouser des non-croyants. Or, cette jeune fille avait en mémoire le conseil renfermé en I Corinthiens 7:39, où l’apôtre Paul mentionne une chrétienne (ce pourrait tout aussi bien être un chrétien) dont le conjoint est décédé. La mort met fin aux obligations du mariage (Rom. 7:2). Aussi Paul déclara-t-il que la survivante est en droit de refaire sa vie, à cette réserve près qu’“elle est libre de se marier à qui elle veut, dans le Seigneur seulement”. (I Cor. 7:39.) Il s’ensuit qu’elle n’est pas “libre” de se remarier en dehors du Seigneur.
Ne faut-il voir dans la formule “dans le Seigneur seulement” que l’avis personnel, humain, d’un chrétien mûr, en l’occurrence, Paul? Ou bien s’agit-il d’un principe directeur d’origine divine, transmis par l’esprit saint aux serviteurs de Dieu? Certains en sont même arrivés à se demander si agir délibérément à l’encontre de ce conseil constituait un motif biblique d’expulsion de la congrégation, au même titre que pour les adultères, les idolâtres ou les homosexuels impénitents. — I Cor. 5:11-13; 6:9, 10.
Adoptons un point de vue exact
La réserve énoncée en I Corinthiens 7:39 s’éclaire à la lumière d’autres passages de la Bible. Rappelez-vous par exemple comment Abraham s’y est pris pour choisir la femme d’Isaac. Abraham résidait en Canaan avec les siens, au milieu d’un peuple qui adorait de faux dieux. Où allait-il trouver un conjoint pour son fils? La solution de facilité aurait consisté à arrêter son choix sur un bon parti, une femme cananéenne pétrie de bonnes qualités et à l’esprit suffisamment large pour convenir d’élever sa future progéniture dans le culte de Jéhovah. Mais Abraham ne voulut pas d’une solution qui serait une infidélité envers Jéhovah. Il préféra chercher une épouse pour Isaac parmi ses proches parents, du fait qu’ils étaient adorateurs du vrai Dieu, même si cette initiative demandait davantage d’efforts à cause de l’éloignement. — Gen. 24:1-67; lire également 26:34, 35; 28:6-9.
Voici quelques avertissements que Dieu donna à ses serviteurs un peu plus tard, lorsque Israël reçut la Loi: “Tu ne devras pas t’allier par mariage avec elles [les nations qui se trouvent en Canaan]. Tu ne devras pas donner ta fille à son fils et tu ne devras pas prendre sa fille pour ton fils.” Pour quelle raison? “Car il détournera ton fils de ma suite, et ils serviront assurément d’autres dieux.” — Deut. 7:2-4; Ex. 34:14-16.
Mais que se passait-il si quelqu’un épousait un païen? La Loi n’ordonnait pas de retrancher cet Israélite. Son cas n’était pas assimilable à la loi sur l’adultère selon laquelle “si l’on trouve un homme couché avec une femme qui est possédée par un propriétaire, alors tous deux devront mourir ensemble (...). Ainsi tu devras éliminer d’Israël ce qui est mauvais”. (Deut. 22:22.) Les idolâtres et les homosexuels devaient également être exécutés (Ex. 22:20; Lév. 20:13). L’absence de sanction dans le cas d’un mariage avec un non-croyant signifiait-elle que la question n’avait pas tellement d’importance? Nullement! Les vigoureuses mises en garde divines reposaient sur une bonne raison: Jéhovah ne voulait pas voir le croyant se détourner de lui.
Comme le montre ce qui est arrivé à Salomon, cet avertissement divin n’était ni déplacé ni dur. Bien qu’il ait reçu la sagesse de Dieu, Salomon commit l’erreur de prendre des femmes étrangères. Le temps aidant, celles-ci détournèrent son cœur de Jéhovah et l’inclinèrent vers les dieux étrangers. Peut-être Salomon s’est-il dit: “Oh! je sais ce que je fais. Je n’abandonnerai jamais Jéhovah.” Pourtant, c’est bel et bien ce qui est arrivé. — I Rois 11:1-6.
De retour de leur captivité babylonienne, les Juifs prirent eux aussi des femmes étrangères, ce qu’Esdras et Néhémie condamnèrent vigoureusement. Esdras déclara que ceux qui agissaient ainsi s’étaient “conduits en infidèles (...), de manière à ajouter à la culpabilité d’Israël”; sur quoi, il leur ordonna de renvoyer leurs femmes païennes. Quant à Néhémie, après avoir cité le déplorable exemple de Salomon, il parla des Juifs qui épousaient des non-croyantes comme de gens qui ‘commettent ce grand mal de se conduire en infidèles envers notre Dieu’. — Esdras 10:10-14; Néh. 13:23-27.
Cette toile de fond tirée des Écritures hébraïques devrait aider chacun à saisir comment la congrégation chrétienne ainsi que ses membres pris individuellement doivent envisager la question.
Les Écritures grecques chrétiennes mentionnent un certain nombre de fautes graves pour lesquelles un pécheur impénitent risque d’être retranché de la congrégation, non par lapidation, comme cela se faisait jadis en Israël, mais par l’exclusion. Au nombre de ces péchés figurent la fornication, l’idolâtrie, l’adultère, le vol, l’ivrognerie et les extorsions. Par contre, le mariage d’un chrétien avec un non-croyant ne constitue pas un motif d’exclusion, de même que l’on ne retranchait pas jadis un Israélite dans une situation identique. Mais, comme nous l’avons vu on ne peut plus clairement, ce comportement était jugé franchement mauvais en Israël. C’était faire montre d’infidélité et de déloyauté envers Dieu. On ne saurait donc ravaler l’invitation de Paul à se marier “dans le Seigneur seulement”, au rang d’une simple opinion humaine. Ce conseil reflète en réalité ce que la Parole de Dieu prescrit d’un bout à l’autre sur cette question. Il fait donc partie intégrante des Écritures inspirées “pour remettre les choses en ordre, pour discipliner dans la justice”. — II Tim. 3:16.
Dans notre imperfection, nous manquons tous les jours de suivre aussi pleinement que nous le souhaiterions les conseils pleins d’amour et de sagesse de Dieu. C’est ainsi que certains chrétiens ont, sans le vouloir, laissé naître un sentiment tendre envers un non-croyant qu’ils côtoient à l’école ou sur leur lieu de travail. La tentation est particulièrement forte quand il semble ne pas y avoir de parti intéressant autour de soi. Mais, une fois que de tels sentiments envers un non-croyant se sont éveillés, le cœur peut être assez trompeur pour faire croire qu’il sera impossible de rompre (Jér. 17:9; Prov. 28:26). Par exemple, on se dira: “Au premier siècle, certains de ceux qui ont embrassé le christianisme avaient un conjoint non croyant. Pourtant, tout donne à penser que ces chrétiens sont restés fidèles, outre qu’ils escomptaient voir leur conjoint devenir croyant. Donc, si j’épouse Untel, peut-être deviendra-t-il croyant à son tour.” — I Cor. 7:12-16.
Même dans cette éventualité où le conjoint non croyant accepterait le christianisme, peut-on juger en toute sincérité que le conseil de Dieu est erroné? Sommes-nous mieux renseignés que Jéhovah? D’innombrables exemples depuis l’époque de Salomon jusqu’à maintenant attestent que le non-croyant peut effectivement détourner son conjoint de Jéhovah, comme le dit sagement l’avertissement divin. Et même si ce n’est pas pour servir un faux dieu, mais que l’opposition fait simplement naître des disputes continuelles ainsi que des chagrins, ne vaut-il pas mieux éviter de tomber dans une situation qui empêche le chrétien de pratiquer le vrai culte de toute son âme?
Les chrétiens mûrs espèrent donc que tous ceux qui ont épousé un conjoint non croyant pourront être aidés à ne pas abandonner Jéhovah (Gal. 6:1, 2). Quant à ceux qui envisagent le mariage, il vaut mieux pour leur bonheur, ainsi que pour recevoir la bénédiction de Dieu, qu’ils comprennent que le conseil divin de se marier “dans le Seigneur seulement” est extrêmement important. Tout chrétien voué qui reconnaît pleinement la valeur de ce conseil ne devrait envisager le mariage qu’avec quelqu’un qui a déjà démontré qu’il est un fidèle serviteur de Jéhovah.