Les inquiétudes du troisième âge
QUELS sont les problèmes les plus graves qu’affrontent les personnes âgées? De leur avis même, il s’agit avant tout du manque d’argent, de la médiocrité des soins qui leur sont dispensés, de l’angoisse d’être agressées, de la solitude, du sentiment de leur inutilité et du changement radical de leur vie.
De nombreuses personnes âgées ont de la peine à s’adapter à ce brusque changement de vie, surtout au moment de la retraite. L’absence d’un emploi du temps précis leur cause des problèmes. Meubler leur temps libre devient une corvée, surtout si auparavant elles ne s’intéressaient pas à des activités suffisamment variées.
De plus, quand un homme marié prend sa retraite, sa femme va en être profondément perturbée. Le mari se retrouve en effet maintenant toute la journée à la maison; il fait des commentaires ou des critiques, exige l’attention de son conjoint bref, de ce climat peuvent naître des tensions dans le couple. On a d’ailleurs constaté que sur l’ensemble des mariages, un sur trois se dégrade après la retraite.
Dans de nombreux pays, la loi fixe l’âge de la retraite, et c’est là une autre cause d’inquiétude pour maintes personnes âgées. Elles voudraient travailler, s’en sentent capables, mais ne peuvent plus trouver d’emploi. En 1900, sur cent Américains de plus de 65 ans, il y en avait bien 70 qui travaillaient. Aujourd’hui, dans la même tranche d’âge, 20 pour cent seulement sont encore en activité. Pourtant, le tiers des retraités disent qu’ils travailleraient s’ils pouvaient trouver un emploi.
Donnons la parole à un enseignant:
“Mon esprit fourmille d’idées, mais cela n’intéresse personne. Je ne veux pas meubler mon temps avant de mourir; ce que je veux, c’est utiliser ce temps. J’ai besoin d’un vrai travail, pas d’un semblant d’activité, pas d’un passe-temps (...).
“Quand on vous considère inapte à remplir un emploi pour lequel vous avez été formé et pour lequel vous avez de nombreuses années d’expérience, c’est là que le sentiment de rejet est le plus durement ressenti.”
Mais si les problèmes qui découlent du changement de vie et de l’oisiveté forcée sont bien réels, d’autres sont encore plus graves. Et le plus pressant de tous, c’est la question d’argent.
Les problèmes d’argent
La mise à la retraite s’accompagne souvent de difficultés financières immédiates. Les revenus baissent tout d’un coup et peuvent même être réduits de moitié. Le retraité est obligé de vivre sur ce que lui donne la caisse de son entreprise ou sur l’aide économique de l’État, par exemple sur la retraite versée par la Sécurité sociale. Mais le montant de cette allocation est sans commune mesure avec ses revenus antérieurs. Cette situation, aggravée encore par l’inflation, crée de sérieux problèmes d’argent.
Aux États-Unis, par exemple, la revue U.S.News & World Report révèle que 69 pour cent des habitants de La Nouvelle-Orléans âgés de plus de 65 ans disposent d’un revenu inférieur au seuil de pauvreté. Dans beaucoup d’autres villes, le quart, voire la moitié de la population âgée est dans la même situation.
Citons le cas type de cet homme de 72 ans qui habite le “ghetto gris” de San Francisco et qui s’était imaginé, en prenant sa retraite, que sa pension lui suffirait amplement. L’inflation a tellement rogné son pouvoir d’achat qu’il fait aujourd’hui cet aveu: “Quand vient la fin du mois, il ne me reste en général que quelques dollars en poche. Dans ces cas-là, j’en suis parfois réduit à me passer de dîner.” Et voici ce que dit une dame âgée qui habite la même ville:
“Ici même, il y a des gens qui meurent de faim dans la rue, des gens qui mangent ce qu’ils trouvent dans les poubelles. Vous vous rendez compte? Manger dans une poubelle!”
S’agit-il là d’une exagération? D’un cas isolé’! Voici ce que déclarait une lettre adressée a l’éditeur du New York Times:
“Ceux qui ne disposent pas d’un complément de ressources, et c’est le cas de beaucoup de New-Yorkais âgés, n’ont pas de quoi vivre. (...)
“Des mesures urgentes s’imposent si nous ne voulons pas que des vieillards indigents meurent littéralement de faim.”
Citons également le cas de cette femme âgée de 80 ans qui habitait St-Petersburg, en Floride. Elle était veuve et n’avait qu’une maigre pension pour vivre. Elle se mit à sauter des repas et vécut avec de moins en moins de revenus. Finalement, elle perdit connaissance dans son galetas. À sa mort, elle ne pesait plus que 34 kilos. À l’autopsie, on ne trouva aucune trace de nourriture dans son estomac. L’enquête conclut à une “dénutrition”. Mais un homme âgé, ami de la vieille dame, préféra à ce terme celui de “démission”. Voici en effet son explication: “Elle avait tout simplement cessé de croire que les choses s’arrangeraient un jour.”
Les ennuis de santé
Même si l’hérédité intervient pour une part dans la santé des personnes âgées, leur vie passée compte également pour beaucoup. Les fumeurs risquent de payer leur vice en contractant, durant la dernière période de leur vie, un cancer du poumon ou de la vessie, une affection cardiaque ou de l’emphysème. Quant aux buveurs, leurs excès de boisson ont provoqué une destruction prématurée de leurs cellules cérébrales ainsi que des troubles hépatiques. Les excès de table favorisent aussi l’apparition du diabète, de troubles cardiaques ou d’autres maladies.
Une cause importante de mauvaise santé chez les vieillards est la dénutrition, qui s’explique par le fait que nombre d’entre eux n’ont pas les moyens de manger convenablement. Il en est toutefois qui pourraient subvenir correctement à leurs besoins, mais qui négligent d’adopter un régime équilibré, surtout quand ils vivent seuls. Tous ces gens sont forcément plus sujets à la maladie.
Quant à la sénilité, une étude de l’Université Duke a fait apparaître qu’environ 15 pour cent seulement des personnes âgées en sont victimes. Certains spécialistes en concluent que cet état n’est pas l’effet direct de la vieillesse, mais plutôt de la maladie.
L’assaut conjugué des soucis de santé, de l’ennui, de l’angoisse et de la dépression est souvent la cause d’un autre problème dramatique et qui ne cesse de s’étendre chez les vieillards: l’alcoolisme. Aujourd’hui, en Amérique, une personne âgée sur dix est alcoolique.
La peur des agressions
En de nombreux endroits, notamment dans les grandes villes, les personnes âgées sont, plus que n’importe quelle autre fraction de la population, victimes d’agressions violentes, incapables qu’elles sont de se défendre.
Parlant des quelque 1,3 million de citoyens âgés de New York, un responsable des services de sécurité déclara: “La plupart d’entre eux ont peur et considèrent la criminalité comme l’un des plus graves problèmes qu’ils doivent affronter.” Au nombre des agressions les plus couramment commises contre les personnes âgées, mentionnons les vols de porte-monnaie, les attaques par derrière, les escroqueries, les effractions de domicile suivies de vols et le viol. D’où cette remarque d’un habitant de San Francisco: “Nous sommes sans protection. Passé trois heures de l’après-midi, la plupart des personnes âgées ne s’aventurent plus dans les rues.”
La solitude
La solitude est l’un des problèmes les plus douloureux des personnes âgées. Elles ont trop souvent l’impression d’être mal aimées et indésirables, sentiment qui devient particulièrement aigu et pénible lors de la mort du conjoint, surtout si le couple s’entendait bien.
Autrefois, les parents âgés habitaient le plus souvent avec leurs enfants et leur tenaient compagnie. C’est encore ce qui se passe dans divers pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Toutefois, même là, le changement est flagrant. Au Japon, par exemple, le nombre de personnes âgées qui vivent seules a dépassé le million, ce qui représente un accroissement de 20 pour cent en un an. Le commentaire suivant est paru dans le Daily Yomiuri de Tokyo:
“Il est clair que le Japon prend de plus en plus les allures d’une société peuplée de gens âgés, mais l’accès au logement public ou privé leur est le plus souvent interdit, si bien que nombre d’entre eux ont du mal à trouver à se loger. (...)
“Le Japon s’efforce, à ce qu’on dit, de devenir un État-providence, pourtant, rien ou presque rien n’est fait pour procurer aux personnes âgées ce dont elles ont le plus besoin, à savoir un logement.”
Dans le monde occidental, on n’a jamais vu dans l’Histoire autant de personnes âgées vivre seules ou en hospice. Parallèlement à cette tendance, on observe que les adultes peuvent ou veulent de moins en moins s’occuper de leurs parents âgés.
Que pensez-vous de cette évolution du monde moderne? Et vous, comment considérez-vous les personnes âgées? Et Dieu, comment les considère-t-il?