Un danger grandissant: le viol
LE VIOL. Peut-être est-ce là un sujet qui vous effraie ou qui vous semble si désagréable que vous répugnez à lire des articles qui en traitent. Si tel est le cas, et si vous êtes une femme, vous représentez sans doute le genre de personne qui a justement besoin de réfléchir à la question. C’est la façon dont les agresseurs choisissent habituellement leur victime qui nous amène à parler ainsi.
“L’agresseur potentiel cherche une femme vulnérable”, explique J. Selkin, directeur du Centre pour l’étude de la violence à l’hôpital général de Denver. G. Abel, professeur de psychiatrie, décrit la femme vulnérable comme suit: “La plupart des agresseurs recherchent la femme terrorisée, frappée de stupeur et passive qui leur opposera un minimum de résistance.”
Menacée par un agresseur, seriez-vous ce genre de femme? Comment réagiriez-vous?
La réaction courante
La terreur qui saisit une femme menacée de viol est bien compréhensible. Deux professeurs de l’université de Boston, après avoir interrogé 80 victimes de viol, ont en effet déclaré: “La première réaction de presque toutes les femmes est la peur.” Mais le problème, c’est que cette peur peut devenir paralysante.
La victime d’un viol a clairement expliqué cette situation: “Avez-vous déjà vu un lapin pris dans la lumière de vos phares, la nuit? Il est pétrifié, comme s’il se voyait déjà condamné. Eh bien, c’est exactement comme cela que les choses se passent.”
À la peur s’ajoutent souvent la perplexité et la confusion mentale. C’est ce qu’atteste le témoignage d’une jeune fille de 19 ans: “Je ne me suis pas défendue, en partie parce que j’avais peur, mais surtout parce que, dans ma naïveté, je croyais qu’une jeune fille doit faire ce qu’on lui dit. (...) Je n’arrivais pas à rassembler mes idées, incapable que j’étais de me défendre devant une attaque aussi soudaine.”
Cette jeune fille a réagi comme beaucoup d’autres l’ont fait dans les mêmes circonstances: Elle a cédé. Peu de femmes sont prêtes à résister, oui, à résister de toutes leurs forces. C’est ainsi que Elizabeth Dobell, écrivant dans une revue de jeunes filles (Seventeen), a fait cette surprenante révélation: “Sur les 4 057 viols signalés à New York en 1974, il n’y a eu résistance qu’une seule fois. (...) Face à la menace, les femmes sont saisies de terreur et deviennent sans défense.”
Mais vous laisserez-vous intimider par l’agresseur au point de lui céder? Comment pourriez-vous lui résister? Le savez-vous seulement?
Il faut apprendre à résister
D’aucuns conseillent de ne pas opposer de résistance, surtout si l’agresseur est armé. Il vaut mieux, disent-ils, laisser l’homme faire son affaire, afin d’éviter le pire. Mais un tel conseil est-il avisé?
“À mon avis, il est totalement erroné”, explique Frank Lena, qui enseigne aux lycéennes américaines à se défendre contre le viol. Il ajoute: “J’explique aux élèves que si elles laissent un type les violer parce qu’elles ont peur, celui-ci peut très bien les tuer ensuite, pour éviter d’être identifié.” C’est aussi l’avis d’autres spécialistes, qui encouragent également la femme à résister.
Quant à savoir de quelle manière résister, c’est un autre problème. “Nous sommes saisies de frayeur, notait une femme, parce que nous n’avons pas confiance en nous. (...) Nous espérons que cela ne nous arrivera jamais, et, quand cela nous arrive, nous ne savons plus quoi faire.”
Néanmoins, la situation est devenue telle dans de nombreux endroits, qu’il importe qu’une femme apprenne à se défendre et qu’elle sache réagir devant un agresseur potentiel en adoptant des méthodes entièrement différentes de celles dont elle a l’habitude.
Peut-on parler d’un danger réel?
“Mais au fond, vous demandez-vous peut-être, les viols ne sont-ils pas relativement rares? Le risque d’être violée n’est-il pas assez hypothétique?”
C’est ce que l’on pourrait supposer à l’examen de certaines statistiques. Par exemple, en 1933, on avait signalé 4 930 viols seulement sur tous les États-Unis. En 1962, bien que le chiffre se soit élevé à 16 310, il ne touchait qu’une minorité de femmes.
Mais, au cours des 16 dernières années, les viols signalés ont plus que quadruplé, et ils étaient 67 131 en 1978. Au cours des trois premiers trimestres de l’année dernière, ils ont augmenté de 9 pour cent. Le viol est le crime qui connaît l’accroissement le plus rapide aux États-Unis. Toutefois, le nombre de viols signalés ne donne qu’une petite idée du danger réel auquel les femmes sont exposées.
En effet, la grande majorité des viols ne font pas l’objet d’une plainte. Beaucoup de victimes se sentent gênées ou bien craignent de se heurter au scepticisme et à la suspicion. Parfois, elles désirent plus simplement ne pas étaler leur vie privée. D’autres ont peur des réactions de leur famille. D’autres enfin jugent inutile de signaler un viol, du fait que 2 pour cent seulement des agresseurs sont reconnus coupables et mis en prison.
On reste effaré devant le nombre réel des viols que font apparaître certaines enquêtes. Il est, estime-t-on, de trois à cinq fois supérieur au nombre des viols déclarés. [Quid écrit: ‘Aux USA, 55 000 Américaines portent plainte pour viol chaque année. Mais, selon les enquêteurs, le nombre de victimes est en réalité 10 fois supérieur et tourne autour de 500 000. En France, on estime à 20 000 le nombre de viols par an. 1 500 font l’objet d’une plainte, 200 d’une condamnation en cour d’assises. La police interpelle environ 2 500 violeurs par an, mais elle estime que 8 sur 10 des victimes (plus de 100 000) préfèrent se taire.’]
Ainsi, rien qu’aux États-Unis, plus de mille femmes seraient violées chaque jour. Et ce chiffre ne prend pas en compte la plupart des 60 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année.
Ce crime n’est nullement propre à tel ou tel pays. Il s’accroît également en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe.
Pourquoi a-t-il pris de telles proportions de nos jours? Qu’est-ce qui amène un homme à commettre un viol?