‘Jéhovah m’a traité d’une manière salutaire’
Par Karl Klein
QUE de joies l’on éprouve à connaître et à servir Jéhovah! Quand je repense aux années passées, force m’est de déclarer avec David: “Je chanterai à Jéhovah, car il m’a traité d’une manière salutaire.” (Psaume 13:6). Il a vraiment agi ainsi dans mon cas. Par exemple, il m’a donné de faire partie de la famille de chrétiens qui s’active au siège mondial des Témoins de Jéhovah, et de voir cette famille passer d’environ 150 à plus de 3 000 membres. Cela a été pour moi une source de grands bienfaits.
Avant même que je découvre la vérité Dieu m’avait déjà traité d’une manière salutaire. Ma mère était une femme soumise et dévouée. Elle nous citait toujours des passages de la Bible quand elle voulait nous réprimander ou nous corriger. J’aimerais d’ailleurs vous raconter un fait qui s’est produit pendant mon enfance.
Nous commençons à marcher dans la vérité
Mon premier contact avec la vérité biblique remonte au printemps de 1917, quand j’ai trouvé une feuille d’invitation pour un discours sur l’enfer. Cette question me touchait de près, car je faisais beaucoup de sottises et je craignais énormément d’aller en enfer à ma mort. Quand j’en ai parlé à ma mère, elle m’a encouragé à me rendre au discours en disant: “De toute façon ça ne te fera pas de mal et, qui sait? peut-être même que ça te fera du bien.”
Ted, l’un de mes frères cadets, est venu avec moi à cette réunion organisée par les Étudiants de la Bible (c’est ainsi qu’on appelait alors les Témoins de Jéhovah en ce temps-là). S’appuyant sur la logique et sur les Écritures, l’orateur a magistralement démontré que la Bible n’enseignait pas la doctrine du feu de l’enfer. Tout cela m’a paru si évident qu’en rentrant à la maison je me suis exclamé: “Maman, l’enfer n’existe pas, je le sais maintenant!” Elle a acquiescé, en ajoutant que le seul véritable “enfer” se trouvait sur terre, car elle avait beaucoup souffert.
Un autre discours avait été annoncé pour le dimanche après-midi suivant, mais personne ne s’était intéressé à nous. Il faut dire que nous avions respectivement 11 et 10 ans à l’époque. Le jour venu, après avoir assisté à l’école du dimanche et à l’office dans la matinée, nous sommes allés jouer avec d’autres garçons du quartier. Mais tout allait mal cet après-midi-là. En me remémorant le bonheur que j’avais ressenti la semaine précédente, je me suis dit: “Karl, Dieu essaie de te faire comprendre que ce n’est pas le moment de t’amuser. Il faut que tu retournes écouter un de ces discours bibliques.” Ted et moi, nous nous sommes donc de nouveau rendus à la salle. Cette fois les Étudiants de la Bible nous ont remarqués, et ils nous ont encouragés à revenir le dimanche suivant. Nous avons accepté, et depuis nous n’avons jamais cessé d’assister aux réunions chrétiennes. Quand j’y songe, je constate que Jéhovah m’a souvent “tapé sur les doigts” lorsque je me suis engagé dans une mauvaise voie. J’ai ainsi appris que dans la vie on ne peut pas tout faire, mais qu’il faut savoir choisir.
Tout cela se passait à Blue Island, dans la banlieue de Chicago, aux États-Unis. (Je suis né en très mauvaise santé dans le sud-ouest de l’Allemagne, et j’avais cinq ans quand ma famille a émigré aux États-Unis. C’est plus tard que nous nous sommes installés dans cette ville.) Là, les Étudiants de la Bible tenaient aussi des réunions en semaine pour étudier le livre Les figures du Tabernacle. Je me suis aussitôt mis à assister à ces études, et je les ai trouvées très intéressantes, entre autres choses parce que celui qui les animait se servait d’une maquette du tabernacle pour illustrer ses explications. Cependant, il m’a fallu un certain temps pour comprendre la nécessité de quitter l’Église méthodiste, dans laquelle je venais d’être confirmé.
Comme j’étais tout jeune et que nous n’avions pas beaucoup d’argent, les Étudiants de la Bible m’ont généreusement fait cadeau de tous les manuels d’étude dont j’avais besoin. Je me suis grandement réjoui d’apprendre la vérité concernant l’âme, la Trinité, le Royaume millénaire du Christ et bien d’autres sujets. Avant longtemps, j’ai eu le plaisir de prendre part à la diffusion de L’Étudiant de la Bible et des Nouvelles du Royaume. Au printemps de 1918, il m’a été possible de me “consacrer” à Jéhovah (c’est ainsi qu’on parlait alors de l’offrande de soi) et de me faire baptiser. Ma famille ne s’y est pas opposée, car ma mère s’intéressait à ce que j’apprenais. Quant à mon père, il était prédicateur méthodiste depuis 20 ans et il voyageait beaucoup. Il ne rentrait à la maison que trois ou quatre fois par an, et encore n’y restait-il que quelques jours.
Notre amour fraternel est mis à l’épreuve
En ce temps-là, on nous disait: “Si vous voulez rester dans la vérité, relisez chaque année les sept volumes des Études des Écritures.” Évidemment, je désirais persévérer dans la vérité, et je me suis fait un devoir de parcourir ces livres une fois par an jusqu’à mon entrée au Béthel. Pour ce faire, il me fallait lire dix pages par jour, mais j’y prenais beaucoup de plaisir, car ma soif de connaissances était insatiable.
Peu après mon baptême, en 1918, ma fidélité aux Étudiants de la Bible a été mise à l’épreuve. La Première Guerre mondiale faisait rage et, bien que les frères les plus en vue aient été emprisonnés injustement à cause de leur position vis-à-vis du conflit, ceux qui étaient à la tête en leur absence ne comprenaient pas toute l’importance de la neutralité chrétienne. D’autres, qui avaient le bon point de vue sur cette question, s’en sont offusqués et se sont séparés des Étudiants de la Bible en se donnant le nom de Standfasters (“ceux qui tiennent ferme”). Ils m’ont dit que si je restais parmi les Étudiants de la Bible je ne pourrais plus faire partie du “petit troupeau” des disciples oints de Jésus (Luc 12:32). Bien qu’elle ne se fût pas encore vouée à Dieu, ma mère m’a aidé à prendre la bonne décision. Je ne pouvais décidément pas me résoudre à quitter ceux de qui j’avais tant appris. J’ai donc décidé de partager le sort des Étudiants de la Bible. En la circonstance, ma fidélité a été sérieusement mise à l’épreuve, comme elle devait l’être à maintes reprises par la suite. Quand des erreurs sont commises, ceux qui ne sont pas vraiment fidèles semblent sauter sur l’occasion pour abandonner la vérité. — Voir Psaume 119:165.
L’assemblée que les Étudiants de la Bible ont organisée en 1922 à Cedar Point m’a beaucoup encouragé à persévérer dans le service de Jéhovah. Nous y avons entendu J. Rutherford, le président de la Société Watch Tower, lancer cet appel pressant: “Proclamez, proclamez, proclamez le Roi et son royaume!” Depuis le début j’avais participé à diverses formes de prédication, mais c’est à cette assemblée que j’ai fait pour la première fois du porte à porte afin de proposer des publications bibliques contre une contribution. Toutefois, cela m’a paru très difficile.
De fait, je n’ai plus pris part à cette activité jusqu’à l’assemblée qui a été organisée en 1924 à Columbus. Mais à partir de cette date, il y a toujours eu au moins un membre de notre congrégation pour prêcher régulièrement de maison en maison. Peu à peu, j’ai compris que cet aspect du ministère était absolument nécessaire, non seulement pour que la bonne nouvelle du Royaume soit prêchée, mais aussi pour que nous puissions affermir notre propre foi et cultiver tous les autres fruits de l’esprit (Galates 5:22, 23). Il n’y a pas de doute: La participation régulière au ministère de la prédication est salutaire sous bien des rapports.
“Au Béthel je resterai”
Dans la congrégation, les choses ne se passaient pas exactement comme aujourd’hui. Alors que j’étais encore adolescent, j’ai été élu ancien. Je dirigeais l’étude de livre, je faisais venir des orateurs de Chicago et je veillais à ce que leurs discours soient annoncés par la presse locale et par des feuilles d’invitation. Après l’assemblée de 1924, l’occasion s’est enfin offerte à moi de travailler au siège mondial du peuple de Jéhovah. J’envisageais depuis longtemps de servir au Béthel, mais un problème familial inattendu m’a fait penser que telle n’était pas la volonté de Dieu. En réalité, il ne s’agissait là que d’un incident de parcours, car je suis effectivement entré au Béthel le 23 mars 1925.
J’étais tellement heureux que dans une lettre à ma famille je me suis inspiré d’une chanson populaire pour écrire: “Au Béthel je resterai, là je vivrai et je mourrai.” Cinquante-neuf ans plus tard, mes sentiments à l’égard du Béthel n’ont pas changé. Au passage, je voudrais souligner comment Jéhovah a agi envers moi à maintes et maintes reprises. C’est seulement lorsque j’étais résigné à me passer de quelque chose qui me tenait à cœur si cela ne paraissait pas entrer dans la volonté de Dieu, que je finissais par le recevoir. Ce genre de situation m’a souvent rappelé comment Dieu avait mis Abraham à l’épreuve pour voir s’il était disposé à renoncer au fils ‘qu’il aimait tant’. — Genèse 22:2.
Une fois au Béthel, j’ai tout d’abord été affecté à la typographie, au 18 Concord Street, à Brooklyn. Peu après, j’ai été transféré au sous-sol du même bâtiment pour travailler sur “le vieux cuirassé” — tel était le surnom affectueux que nous donnions à la seule rotative que la Société possédait à l’époque. Nous nous en sommes servis pour imprimer des millions de tracts. En ce temps-là le tirage de chacun de nos périodiques était de 30 000 exemplaires. Aujourd’hui, La Tour de Garde est publiée à 11 150 000 exemplaires, et Réveillez-vous! à 9 800 000 exemplaires.
Quand j’étais enfant j’avais suivi des cours de violon pendant deux ans. Lorsque je suis entré au Béthel, je me suis porté volontaire pour faire partie de l’orchestre qui répétait deux soirs par semaine et qui jouait le dimanche matin pour la WBBR, la station radiophonique de la Société. Quand j’ai appris que l’orchestre avait besoin d’un violoncelliste, j’ai acheté un violoncelle et j’ai pris des leçons de musiquea. En 1927, dix d’entre nous ont été invités à jouer à plein temps pour la station de la Société, à Staten Island. C’était là le premier des privilèges musicaux que j’ai eus au fil des années.
“Attention, Karl!”
J’aimais énormément la musique, et j’ai été très heureux de m’y consacrer à plein temps. Lorsque je servais à Staten Island, j’ai eu aussi le rare privilège de faire plus ample connaissance avec J. Rutherford, le président de la Société Watch Tower. En effet, celui-ci passait la moitié de ses semaines dans cet endroit paisible et propice à la concentration, car il écrivait beaucoup.
Frère Rutherford a été un vrai père pour moi. Il s’est toujours montré compréhensif et affectueux à mon égard, bien qu’il ait eu souvent l’occasion de me reprendre pour avoir transgressé telle ou telle règle. Je me souviens particulièrement d’un cas où il m’a réprimandé vertement. Pourtant, la première fois qu’il m’a revu après cet incident il m’a lancé un joyeux “bonjour Karl!”. Comme j’étais encore blessé par sa remarque, je n’ai fait que marmonner une vague salutation. Aussitôt il s’est exclamé: “Attention, Karl! Le Diable est à tes trousses!” Embarrassé, je lui ai répondu: “Oh, ce n’est rien, frère Rutherford.” Mais il savait très bien ce qu’il en était, et il a réitéré son avertissement: “Tant mieux. Mais méfie-toi quand même. Le Diable est en train de s’occuper de toi.” Il avait cent fois raison. Quand nous avons de la rancœur contre un de nos frères, surtout si c’est parce qu’il nous a dit quelque chose qu’il était en droit de nous dire dans l’exercice de ses fonctions, alors nous prêtons le flanc aux attaques du Diable. — Éphésiens 4:25-27.
Un jour, à cause d’un malentendu, on a rapporté à tort à frère Rutherford que j’avais formulé une critique particulièrement acerbe à son endroit. Toutefois, au lieu de s’en indigner, il a déclaré: “De toute façon, Karl parle beaucoup, et il ne pense pas toujours ce qu’il dit.” Quel bel exemple, n’est-ce pas? Nous avons tout intérêt à l’imiter quand nous entendons quelqu’un faire une remarque désobligeante à notre sujet. Oui, frère Rutherford avait bon cœur, et il était très compréhensif. Il me l’a souvent montré, d’une part en n’hésitant pas à faire des exceptions en ma faveur lorsque des circonstances inhabituelles semblaient le justifier, d’autre part en s’excusant toujours quand il m’avait blessé inconsidérémentb. Frère Rutherford m’était également cher en raison des prières qu’il prononçait lors du culte matinal. Il avait une voix très puissante, mais quand il s’adressait à Dieu on aurait dit un petit garçon qui parle à son père. Cela démontrait la profondeur des relations qu’il entretenait avec Jéhovah. Le fait de voir un homme d’une telle envergure spirituelle à la tête a beaucoup fortifié ma foi. J’étais persuadé qu’il devait en être ainsi dans l’organisation de Jéhovah.
De retour à Brooklyn
Le séjour de l’orchestre à Staten Island n’a duré que deux ans et demi. Après quoi nous avons été transférés à Brooklyn, où un nouveau studio de radiodiffusion avait été construit. J’ai encore joué dans l’orchestre pendant une dizaine d’années, puis celui-ci a été dissous. Alors je suis retourné à l’imprimerie. J’ai d’abord travaillé à la reliure, puis aux presses. Mais bientôt j’ai été transféré au service chargé de la surveillance des congrégations. Pendant plusieurs années j’ai eu le privilège de m’occuper des 1 250 pionniers spéciaux que le pays comptait à l’époque; c’est moi qui leur attribuais un territoire, qui répondais à leur courrier, et ainsi de suite. Chaque mois j’avais aussi le privilège d’établir le rapport de prédication pour les États-Unis et les autres pays. Parmi les plus grands bienfaits que j’ai reçus dans cette forme d’activité, il me faut mentionner les excellentes relations que j’ai entretenues avec T. Sullivan, qui était alors responsable de ce service. Pendant le temps où j’ai collaboré avec lui, le nombre des proclamateurs est passé de 100 000 à près de 375 000 dans le monde entier. Quelle joie pour moi de voir que depuis ce chiffre a encore été multiplié par plus de sept, pour atteindre près de trois millions aujourd’hui!
Avec le début de la présidence de N. Knorr, j’ai été heureux de voir qu’on encourageait désormais davantage chaque Témoin à se qualifier pour présenter des sermons de porte en porte. C’est également à cette époque qu’on s’est mis à former des frères pour qu’ils puissent prononcer des discours bibliques. Je me suis particulièrement intéressé à la formation de Galaad, l’École biblique de la Société Watchtower, car mon frère Ted, qui m’avait accompagné à ma première réunion et qui était pionnier depuis 1931, faisait partie de la première classec.
Changement de service
Un jour, au printemps de 1950, frère Knorr m’a convoqué dans son bureau avec un autre frère pour nous demander si nous aimerions travailler au service de la rédaction. Je lui ai simplement répondu que de toute façon j’étais prêt à servir n’importe où. Mais il m’a repris, en disant que lorsque quelqu’un se voit offrir un privilège de service supplémentaire il devrait se faire un plaisir de l’accepter. En fait, mon manque d’enthousiasme était dû à la précarité de ma santé, qui m’avait toujours obligé à accorder de l’importance à l’alimentation et à l’exercice. En fait, rien ne pouvait mieux me convenir que de consacrer tout mon temps à faire des recherches et à écrire des articles, surtout sur des questions bibliques. Mais je savais que cette tâche ne serait pas facile. Du reste, à propos de la rédaction, frère Knorr m’a dit un jour: “C’est là où se fait le travail le plus important et le plus difficile.”
En 1951, avec bon nombre d’autres membres du Béthel de Brooklyn j’ai pu profiter d’un riche banquet spirituel à Londres, à l’occasion de l’assemblée “L’adoration pure”. Après avoir assisté à l’assemblée de Paris plusieurs d’entre nous sont allés visiter d’autres filiales de la Société, y compris celle de Wiesbaden. C’est là que j’ai fait la connaissance de Gretel Naggert qui, 12 ans plus tard, a bien voulu devenir sœur Klein. Après avoir servi 38 ans au Béthel comme célibataire, j’ai en effet estimé que j’enrichirais mon service en la prenant pour femme. Depuis mon mariage, j’ai pu faire la même observation que Salomon: “A-t-on trouvé une bonne épouse? On a trouvé une bonne chose, et l’on obtient la bienveillance de Jéhovah.” (Proverbes 18:22). Oui, là encore Jéhovah m’a traité d’une manière salutaire, car Gretel m’a été précieuse dans une multitude de domainesd.
Nathan Knorr: un grand frère
Mes relations avec frère Rutherford avaient été celles qui unissent un fils à un père affectueux. Mais maintenant, puisque frère Knorr n’avait que quelques mois de plus que moi, nos rapports étaient plutôt ceux de deux frères... le frère aîné étant souvent enclin à s’impatienter des défauts du plus jeune. Sur ce point, Gretel était très philosophe. ‘Après tout, disait-elle, on ne peut guère s’attendre qu’un administrateur énergique soit toujours d’accord avec un musicien romantique!’ Mais, pour que cette remarque ne soit pas mal interprétée, j’ajouterai que frère Knorr était mon orateur préféré. Du reste, il m’a un jour décrit comme “son ombre”, parce que j’étais toujours présent là où il donnait des discours. Par ailleurs, il aimait tout autant la musique que moi, car c’est lui qui a réintroduit les cantiques dans le programme de nos réunions. Il s’est intéressé de très près à la publication de nos recueils de cantiques. — Éphésiens 5:18-20.
Là encore, comme j’ai pu le constater, Jéhovah avait fait en sorte que son œuvre terrestre soit dirigée par l’homme de la situation. En effet, frère Knorr était un excellent organisateur. Il était particulièrement convaincu de l’importance d’une bonne instruction. La preuve en est qu’il a mis sur pied l’École du ministère théocratique, l’École de Galaad, l’École du ministère du Royaume et l’École pour les nouveaux membres du Béthel.
Tout cela me rappelle une remarque du coordinateur de la filiale anglaise. Celui-ci avait remarqué que frère Knorr ne se laissait jamais influencer par des problèmes de personnalité quand il procédait à des nominations. J’en suis une preuve vivante, car s’il était entré dans de telles considérations je n’aurais jamais reçu les privilèges qui m’ont été accordés, tant dans les assemblées que dans les domaines de la musique et de la rédaction, pour ne citer que ceux-là. Sous ce rapport frère Knorr imitait Jésus Christ. En effet, Jésus affectionnait particulièrement l’apôtre Jean. Pourtant, à qui a-t-il confié “les clés du royaume”? À Pierre, malgré son tempérament impétueux. — Matthieu 16:18, 19; Jean 21:20.
Il ne fait pas de doute que Jéhovah m’avait traité d’une manière salutaire en dépit de mes faiblesses et de mes défauts. Et, bien qu’il m’ait déjà concédé de nombreuses faveurs pendant près de 50 ans, le plus grand privilège était encore à venir. Effectivement, en novembre 1974 j’ai été invité à devenir membre du Collège central des Témoins de Jéhovah. J’étais tellement confus de cette proposition qu’il a fallu que quelqu’un m’encourage à l’accepter. J’ai alors appris que plusieurs autres avaient reçu la même invitation, ce qui faisait passer de 11 à 18 le nombre des membres du Collège central.
Celui qui m’a encouragé à accepter cette responsabilité n’était autre que Frederick Franz qui, en 1977, devait succéder à frère Knorr comme président de la Société. Dès mon entrée au Béthel, sa connaissance biblique et sa bienveillance m’avaient attiré à lui. Au début, nous assistions ensemble aux réunions de prières, de louanges et de témoignage en allemand. Depuis, une bonne partie des jalons de ma vie théocratique ont été liés à lui. J’ai notamment eu le privilège de l’accompagner, avec mon frère et ma belle-sœur, lors d’une visite aux chrétiens de république Dominicaine quand l’œuvre était interdite dans ce pays. Je n’ai jamais reçu d’expressions d’amour chrétien aussi chaleureuses et sincères qu’en cette occasion. Nos frères étaient profondément touchés de ce que nous ayons pris le risque de braver le régime de Trujillo pour aller les voir.
Plus tard, frère Franz, ma femme et moi-même, avec quelques autres, y compris A. Schroeder, avons visité les contrées dont parle la Bible ainsi qu’un certain nombre de pays d’Amérique du Sud, notamment la Bolivie où Gretel avait servi comme missionnaire pendant plus de neuf ans. Ces voyages avec frère Franz s’accompagnaient invariablement de privilèges de service supplémentaires, car il insistait toujours pour partager la tribune avec ses compagnons. Plus récemment, nous avons participé à des assemblées ensemble en Europe et en Amérique centrale. Avec le recul, je me rends compte que frère Franz a toujours exercé sur moi une influence pondératrice. Par exemple, au cours de notre voyage dans les pays bibliques, un frère a eu de sérieux démêlés avec la police parce qu’il avait pris des photographies dans un endroit où cela était interdit, ce qui a occasionné du retard à tout le groupe. J’ai commencé à exprimer mon indignation, mais frère Franz s’est contenté de sourire et de dire: “Je pense qu’il est en train de recevoir une leçon.” Au fond, c’était vrai! Sans l’ombre d’un doute, mes contacts avec frère Franz ont été un autre moyen par lequel Jéhovah m’a traité d’une manière salutaire.
Tout ne va pas sans heurts
Je dois aussi reconnaître que Jéhovah m’a traité d’une manière salutaire dans le travail qui m’a été assigné. Plus d’une fois, un projet a particulièrement bien tourné à cause de facteurs tout à fait indépendants de ma volonté (voir Psaume 127:1; I Corinthiens 3:7). J’ai souvent constaté la même chose au niveau de l’organisation. Par exemple, il y a une quarantaine d’années, la Société a acheté un bâtiment qui nous a longtemps tenu lieu de garage. Or si nous n’avions pas possédé le terrain sur lequel il était construit nous n’aurions jamais pu aménager un tunnel pour relier l’immeuble Towers au reste du Béthel. Quand il nous a fallu plus de place pour la résidence, nous étions en mesure d’acquérir l’hôtel Towers. Lorsqu’il est devenu nécessaire d’agrandir les bureaux, nous avons eu la possibilité d’acheter le complexe Squibb. Et tous ces bâtiments étaient assez proches pour que l’on puisse se rendre à pied de l’un à l’autre. De nombreux faits analogues ont eu lieu dans différents pays pour le bien de l’organisation de Jéhovah.
En raison de mes faiblesses naturelles et de mon tempérament impulsif, j’ai connu mon lot d’épreuves et de tribulations, y compris une dépression nerveuse après neuf ans de service au Béthel. À cette époque, le Psaume 103 et les paroles de Paul consignées en Romains 7:15-25 ont été une source de réconfort pour moi. J’ai aussi eu ma part de mésaventures: fractures de la rotule, des vertèbres, etc... Du fait de mes défauts et de ceux des autres, ma vie n’a pas été sans heurts. Mais Jéhovah m’a aidé à comprendre que je serais capable de supporter tout ce qu’il permettrait, ainsi que Paul l’explique en I Corinthiens 10:13, et que ‘moins je profitais de la vie plus je pourrais donner’. Entre autres choses, cela m’a appris à me tenir “dans l’attente du Dieu de mon salut” et à me comporter volontiers “comme un petit”. — Michée 7:7; Luc 9:48.
À maintes reprises j’ai eu des raisons d’éprouver les mêmes sentiments que David à la suite de son différend avec Nabal (I Samuel 25:2-34). David était en effet reconnaissant à Jéhovah et à Abigaïl de l’avoir empêché de se charger d’une dette de sang en exterminant la famille de Nabal. Quant à moi, Jéhovah m’a aussi retenu de commettre de graves erreurs. Il l’a fait par ses anges, par sa providence et par l’aide que m’ont apportée non seulement des frères mûrs, mais aussi de nombreuses “Abigaïls” chrétiennes. Je remercie également Jéhovah de ce que, quand j’étais spirituellement faible, je n’ai pas eu l’occasion de céder à la tentation, et que lorsque cette possibilité s’est présentée à moi j’étais de nouveau assez fort pour y résister. En d’autres termes, l’inclination au mal et l’occasion de le faire n’ont jamais coïncidé, car Jéhovah savait qu’au fond de mon cœur je voulais continuer à pratiquer le bien. Comme je suis heureux que Jéhovah n’épie pas les fautes! — Psaume 130:3.
Jéhovah a encore agi d’une manière salutaire envers moi comme envers bien d’autres en nous fournissant une abondance d’excellente nourriture spirituelle au fil des années (Matthieu 24:45-47). Il ne fait pas de doute que la lumière brille avec un éclat de plus en plus fort pour le juste (Psaume 97:11). Depuis que j’ai commencé à absorber ‘le lait de la parole’, les serviteurs de Jéhovah ont découvert une foule de précieuses vérités spirituelles. Par exemple, ils ont pris conscience du fossé qui sépare l’organisation de Dieu et celle du Diable. Ils ont compris que la justification de Jéhovah est plus importante que le salut de ses créatures, que les prophéties de restauration s’appliquent à l’Israël spirituel, que la conduite chrétienne est tout aussi essentielle que la prédication et que des créatures faibles et imparfaites comme nous peuvent réjouir le cœur du Dieu dont nous portons le nom sans pareil en tant que Témoins de Jéhovah. — I Pierre 2:2; Proverbes 27:11; Ésaïe 43:10-12.
Après tout cela, comment pourrais-je me retenir de chanter à Jéhovah, qui m’a traité d’une manière salutaire?
[Notes]
a Carey Barber était deuxième violon dans cet orchestre. Nous ne nous imaginions guère à l’époque que 58 ans plus tard nous nous retrouverions tous les deux dans le même “orchestre”, mais pour jouer un tout autre genre de musique! C. Barber a raconté sa vie dans La Tour de Garde du 15 novembre 1982.
b À propos des déclarations malencontreuses qu’il avait faites sur ce que nous devions attendre de l’année 1925, frère Rutherford a un jour reconnu devant toute la famille du Béthel: “Je me suis comporté comme un imbécile.”
c Le récit de sa vie est paru dans La Tour de Garde du 15 janvier 1958, pages 30-32 (BI 11/58, pages 44-48).
d Voir l’Annuaire des Témoins de Jéhovah pour 1974, pages 130 et 131.
[Illustration, page 22]
K. Klein et C. Barber en 1926, dans l’orchestre de la WBBR.
[Illustration, page 23]
J. Rutherford: un père.
[Illustration, page 24]
Avec Gretel, ma femme — par elle aussi Jéhovah m’a traité d’une manière salutaire.
[Illustration, page 25]
N. Knorr: un grand frère.
[Illustration, page 26]
F. Franz: un ami à l’influence pondératrice.
[Photo de Karl Klein, page 20]