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  • g78 8/6 p. 16-19
  • Je me guide au son

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  • Je me guide au son
  • Réveillez-vous ! 1978
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Réveillez-vous ! 1978
g78 8/6 p. 16-19

Je me guide au son

JE VIS depuis trente ans dans les ténèbres. Comme 30 000 autres Canadiens, je suis frappé de cécité. Pourtant, bien que privé de mes yeux et de la lumière, je dis volontiers à mes amis que je vois, à présent que je me guide au son. Mais laissez-​moi vous expliquer comment j’en suis arrivé là.

Dans le feu de la Seconde Guerre mondiale, les alliés s’étaient rués à travers la France vers les Pays-Bas. À Anvers, la bataille faisait rage. J’avais alors 19 ans et je venais d’être muté dans l’infanterie, après avoir été chauffeur-mécanicien dans l’artillerie. Le 1er novembre 1944, j’étais pour la première fois au front. Ce devait également être la dernière, car, cinq minutes plus tard, alors que mon bataillon progressait le long d’une digue, un obus de mortier éclata à hauteur de mon visage.

Après avoir repris conscience, je réussis malgré mes graves blessures à rejoindre les lignes où je m’effondrai. Je me réveillai dix-sept jours plus tard, en Angleterre, dans un hôpital, presque complètement aveugle et l’œil droit enlevé. Trois mois après, je quittai l’hôpital et perdis rapidement le peu de vision qui me restait à l’œil gauche. J’entrais dans le monde des aveugles.

En juin 1945, la guerre terminée, on me renvoya au Canada où, privé de la vue, j’allais commencer une nouvelle existence. Il me fallait aussi réapprendre à parler, car le bas de mon visage avait souffert de l’explosion. D’ailleurs, je suis très reconnaissant envers les spécialistes de la chirurgie plastique qui m’ont remodelé les traits.

Je me lançais dans l’inconnu, car je devais circuler en me fiant uniquement au sens naturel du toucher. On est frappé de la sensibilité que peut avoir la pulpe des doigts quand tout le corps lutte pour compenser une déficience visuelle. J’appris sans trop de peine à reconnaître les objets au toucher et à me déplacer à l’aide d’une canne. Mais, en 1974, j’eus enfin droit à un chien d’aveugle, Leland, qui est devenu depuis cette année-​là mon fidèle compagnon.

Un changement profond

En 1954, j’appris quelque chose qui modifia non seulement ma façon de penser, mais aussi toute ma vie. Deux personnes très sympathiques frappèrent à ma porte et me montrèrent à l’aide de la Bible, la Parole de Dieu, que l’humanité avait un avenir merveilleux devant elle. J’appris que Jéhovah Dieu a remis entre les mains de Jésus Christ un Royaume qui supprimera définitivement de la terre toute douleur, toute souffrance et toute affliction, tout ce qui nous accable depuis 6 000 ans, guerres, violences et oppressions.

Sous le Royaume de Dieu, non seulement ‘les oreilles des sourds seront débouchées et la langue du muet poussera des cris d’allégresse’, mais ‘les yeux des aveugles s’ouvriront’. (És. 35:5, 6.) Quelle glorieuse perspective! Mieux, selon la promesse de Dieu, tout ceci doit s’accomplir durant notre génération. — Mat. 24:7-14, 32-35; Luc 21:28.

En attendant ce nouvel ordre merveilleux, je savais que je devrais m’accommoder des circonstances présentes. Aussi, lorsqu’on attira mon attention sur un appareil inventé par un Néo-Zélandais et qui avait déjà rendu service à beaucoup de non-voyants, je décidai de me renseigner, et c’est ainsi que je fus le premier Canadien aveugle à bénéficier d’une formation spéciale qui allait m’apprendre à utiliser un appareil électronique conçu pour les non-voyants. C’est cet appareil qui me permet de me guider “au son”.

En quoi consiste cet appareil?

Si vous deviez me rencontrer dans la rue, vous penseriez que je porte simplement des lunettes légèrement plus grandes que la normale. Les trois petits orifices que vous voyez sur le devant logent, en bas, un émetteur, et en haut, deux récepteurs. L’émetteur envoie des ultrasons dans la direction de la marche, et les récepteurs captent les sons réfléchis par les obstacles et les traduisent en tops sonores que transmettent des écouteurs logés dans les grosses branches des lunettes. Une des branches est connectée à un boîtier de commandes fixé à la ceinture et qui contient non seulement des accus, mais aussi toute la partie électronique qui fait fonctionner les lunettes. Il faut 14 heures pour charger les accus qui fonctionnent 4 heures. Quand on ne s’en sert pas, tout l’équipement, chargeur compris, se porte en bandoulière dans un étui.

Le fonctionnement de l’appareil

Vous avez certainement entendu parler de cette merveille de la nature qu’est la chauve-souris, ainsi que de son extraordinaire système d’écholocation qui lui permet d’émettre des sons et de les capter après leur réflexion. De cette merveille, un ouvrage a dit: “Les savants estiment que, toutes choses égales par ailleurs, le système de la chauve-souris a une sensibilité et un rendement un million de fois supérieurs à tous les radars et sonars inventés par l’homme.”

Ma prothèse électronique fonctionne sur le même principe d’écholocation que le sonar. L’émetteur envoie des ultrasons à 6 mètres de moi, et les récepteurs, légèrement tournés latéralement, captent un son plus ou moins fort suivant le côté où se trouve l’obstacle par rapport à ma direction. À l’écouteur, les tops sonores renvoyés par les différents obstacles ont un timbre différent. Par exemple, un son réfléchi sur de l’acier est très aigu, alors que sur un être humain il est mat. De même, le son réfléchi par le bois est plus sourd que lorsque c’est du verre. Ces différences de timbre me permettent de voir, si j’ose m’exprimer ainsi, tout obstacle qui se trouve sur mon chemin, tel qu’une branche d’arbre, un poteau métallique, un mur en briques, une porte en bois ou en verre, un être humain ou une automobile.

Avec de l’entraînement, j’arriverai à distinguer les variétés d’arbres que je rencontre sur mon chemin, pins, sapins, aulnes ou simples haies. Vous voyez, grâce à ma prothèse électronique, je dispose de renseignements que je n’aurais pas avec une canne et un chien. Néanmoins, je ne me sépare ni de ma canne ni de mon chien, car Leland reste indispensable pour me faire éviter les trous et les dénivellations ou pour descendre les escaliers. Toutefois, avec ma prothèse d’une part et mon chien d’autre part, j’arrive à une certaine autonomie qui me donne confiance en moi et grâce à laquelle je suis plus tranquille.

La formation et l’entraînement

Nul homme ne possède d’instinct les qualités de la chauve-souris. Aussi, quand on est aveugle, faut-​il une formation très poussée pour interpréter correctement les signaux transmis par la prothèse électronique. J’ai donc passé un mois à Toronto, pendant lequel une monitrice m’enseigna à décoder la “langue” parlée par mon appareil. Cette monitrice avait fait trois ans de stage en compagnie de cent autres élèves qui devraient ensuite donner des cours en Australie, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Canada. Au moins 400 déficients visuels, dont plusieurs enfants, ont déjà appris à se guider au son.

Pour un aveugle, il est important de savoir à quelle distance il se trouve d’un obstacle. J’ai donc commencé par apprendre à évaluer les distances en fonction de la hauteur du son dans les écouteurs, exercice de base sans lequel la prothèse ne me serait d’aucune utilité. J’appris rapidement à estimer à quelle distance je me trouvais par rapport à un objet, en fonction de la hauteur du son qu’il me renvoyait. En effet, plus on se rapproche de l’obstacle, plus le son devient grave et, à cinquante centimètres, il s’interrompt, signe qui m’indique de m’arrêter.

Ensuite, la situation se compliqua, car les exercices faisaient intervenir des poteaux. Par exemple, je devais louvoyer sans les renverser entre 10 poteaux alignés, ou bien marcher sans m’écarter d’un pouce entre deux rangées de poteaux sans en faire tomber un seul. Un jour, histoire de compliquer les choses, la monitrice posa un poteau en plein milieu de l’allée, mais je me suis arrêté à temps. Un autre exercice, un véritable défi celui-là, consistait à toucher trois poteaux disposés à cinq mètres autour de moi et en triangle, puis revenir à chaque fois à ma place. J’en ai raté un de cinquante centimètres, rien que cela!

À un stade plus avancé, je sortis dans les rues animées de Toronto, suivi de la monitrice qui était munie d’un appareil pour entendre les signaux envoyés par ma prothèse. J’ai mieux compris alors l’intérêt des exercices avec les poteaux, car les tops sonores qui me revenaient étaient réfléchis par des cabines téléphoniques et des lampadaires, mais aussi par des boîtes aux lettres, des voitures en stationnement et des piétons. Outre qu’il me fallait les éviter, je devais également identifier chacun des obstacles. Avec patience, la monitrice m’aidait à me retrouver dans ce dédale sonore et, peu à peu, j’y “vis” plus clair.

J’appris enfin à reconnaître les magasins et à en trouver l’entrée. À titre d’épreuve, on m’envoya dans une banque située un certain nombre d’entrées plus loin dans le même pâté de maisons. Très sûr de moi, je partis vers la banque et entrai hardiment, me dirigeant d’un pas décidé vers le comptoir, ou du moins ce que je prenais pour le comptoir, car, patatras! près de 2 000 francs de lampes venaient de tomber par terre dans ce qui était en fait un magasin d’ameublement. Heureusement, ce risque était couvert par l’assurance, mais soyez certain que depuis je fais beaucoup plus attention!

Une des parties les plus difficiles de mon entraînement consistait à parcourir un grand magasin, car il fallait coordonner les informations envoyées par mon appareil avec celles de mon chien Leland. Dans un véritable labyrinthe, je n’aurais pas été plus dérouté. Je devais apprendre à reconnaître l’emplacement et la taille des comptoirs, à évaluer la largeur des allées, et je devais aussi dire à la monitrice de quel côté les gens passaient par rapport à moi. Après m’avoir fait grimper au premier étage par l’escalier, elle essaya de me faire perdre exprès le sens de l’orientation. Enfin, il fallut retrouver la rue et la porte par où nous étions arrivés, et sortir suffisamment vite pour que Leland ne se coince pas la queue dans la porte à tambour. Pour terminer la journée, nous nous sommes assis dans une station de métro et j’ai dû compter les gens qui entraient dans les trains ou qui en sortaient. Après cet exercice épuisant, je compris mieux l’utilité de ma prothèse, car j’allais pouvoir vaquer à mes activités en toute confiance. En outre, ce stage m’avait bien fait sentir l’incroyable finesse de l’ouïe et à quel point on pouvait distinguer les sons les uns des autres.

Certes, rien ne remplace le sens de la vue que Dieu nous a donné pour contempler la couleur et la beauté de la création qui nous entoure, mais ma prothèse électronique m’a ouvert des horizons insoupçonnés. En effet, la première fois que j’en avais entendu parler, je m’étais demandé, très ému, si cette invention me permettrait d’être un meilleur proclamateur de ce merveilleux message pour notre époque qu’est le Royaume. Or, cette question reçut une réponse affirmative durant mon stage de formation dans les quartiers d’affaires et les quartiers résidentiels de Toronto. Il m’est aujourd’hui beaucoup plus facile de servir Jéhovah par un service sacré en allant de maison en maison porter cette si “bonne nouvelle du royaume”. (Mat. 24:14.) C’est là le motif essentiel qui m’a incité à apprendre à me guider au son. — D’un de nos lecteurs.

[Schéma, page 17]

(Voir la publication)

Un émetteur envoie des ultrasons sur des objets, et leur écho est capté par des microphones.

Plus on se rapproche de l’objet, plus le son est grave.

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